Economie

Alimentation : Le secteur de la boulangerie abandonné aux expatriés

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Le secteur de la Boulangerie occupe une place de choix dans l’alimentation en République du Congo.  Le pain est l’un des aliments de base le plus consommés par les Congolais en dehors du manioc, de la banane, de l’igname. Cet aliment est actuellement fabriqué et commercialisé dans des conditions moins hygiéniques. Ce secteur de la boulangerie est de plus en plus géré par des expatriés. Sur 5 boulangeries, 4 sont détenues par des étrangers.

Face à ce problème, les pouvoirs publics devraient jeter un regard particulier sur ce secteur afin de préserver les emplois et les populations des maladies liées à la mauvaise qualité du produit et au non-respect de l’hygiène alimentaire.

 Le secteur de la Boulangerie était de 1960 à 1990 sous le monopole de l’Etat.  Il a été libéralisé après la Conférence Nationale Souveraine (CNS) de 1991. L’Etat qui devrait jouer le rôle de régulateur, semble malheureusement se soustraire de sa mission laissant ainsi la place à l’anarchie, depuis cette libéralisation. Ce secteur est de plus en plus abandonné aux expatriés qui ne respectent ni la règlementation en vigueur ni les règles d’hygiène.

Cette attitude expose les consommateurs à diverses pathologies. Les lois et textes pris par l’Etat en vue de réglementer ce secteur ne sont appliqués. D’où la nécessité de s’interroger si ces textes et lois ne sont pas de simple formalité. Si non, n’y aurait-il pas dans l’ombre des lobbies plus forts capables de faire surseoir l’application des lois et textes pris par les pouvoirs publics ?

L’Assemblée Nationale et le Sénat avaient adopté en 2005 la loi n°19/2005 du 24 novembre 2005 règlementant l’exercice de la profession de commerçant en République du Congo. L’article 11 de cette loi dispose que « les personnes physiques, constituant la catégorie A, sont les commerçants qui exercent leurs activités, en marge des formes juridiques prévues pour les sociétés, au moyen des boutiques et des échoppes ou à l’étalage. Les commerces de détail à l’étalage, de fabrique de pains et de transport urbain ou routier sont réservés aux commerçants de nationalité congolaise ». Mais, cette loi n’est pas appliquée par les pouvoirs publics depuis 18 ans par manque de textes d’application.

Comment comprendre que depuis 2005, les services en charge de la délivrance des autorisations d’exercice, notamment les Registres de Commerce et de Crédit Mobilier – RCCM, continuent à délivrer ces titres aux expatriés, en faisant fi aux dispositions de la loi en la matière ?

Le transport du pain dans les conditions moins hygiéniques

Le ministère du Commerce, des approvisionnements et de la consommation a publié, le 24 novembre 2022, la note circulaire n° 00155/MCAC-CAB fixant les prix des sacs de farine, de blé tendre, le prix et le grammage de pain, le circuit de vente et le transport du pain.

Concernant le transport du pain, la circulaire prescrit que « le transport des pains en vue de la vente par des moyens non appropriés comme les brouettes, les vélomoteurs, les pousse-pousse, les taxis, les bus de transport en commun, demeure interdit ». Malheureusement, huit mois après la publication de cette circulaire, dans les quartiers, les artères publiques, il est toujours observé le transport des pains par les moyens non appropriés.

Le pain est transporté, à longueur de journée, à vélo dans des sacs ouverts, couramment appelés ‘’Nguiris’’, accrochés sous les aisselles, parfois puantes et transpirantes de certains livreurs, pour la plupart Ouest-africains qui ne s’inquiètent de rien. Ces pains peuvent être souillés par la sueur ou contaminés de microbes. En cas d’accident de circulation, ces pains tombent et se dispersent sur la chaussée, les livreurs les ramassent pour éviter les pertes, au lieu de les jeter à la poubelle. Sous d’autres cieux, si l’hygiène est la règle d’or en matière de fabrication et de distribution du pain, hélas, cela n’est pas le cas en République du Congo.

Dans son fonctionnement général, l’Etat dispose de plusieurs mécanismes de contrôle, de suivi et d’évaluation des lois et textes. Chaque ministère possède en son sein une structure y relative. Pour le ministère de l’Intérieur, cette tâche incombe à la Police et à la Gendarmerie. Pour le cas du ministère du Commerce, des approvisionnements et de la consommation, cette mission revient à la direction générale et aux directions départementales de la concurrence et de la répression des fraudes commerciales.

De leur côté, l’Assemblée nationale et le Sénat disposent des mécanismes appropriés dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale. Mais, d’où vient-il que l’Etat peine, malgré tous ces mécanismes, à faire asseoir son autorité dans le cadre du contrôle, du suivi et de l’évaluation de l’application des lois et textes ? S’agirait-il d’un problème d’incompétence de la part des hommes en charge d’animer ces mécanismes, ou d’un manque de coordination interministérielle ?

Echec de régulation du secteur

Autrefois noble, le métier de boulanger est réduit aujourd’hui à un métier ignoble. Plusieurs boulangers-chefs de famille n’arrivaient plus à subvenir aux besoins de leurs familles. Pourtant, le secteur est créateur de richesses et d’emplois.

L’implantation anarchique des boulangeries par des commerçants véreux dont le seul but est la recherche effrénée du gain est la principale cause de la baisse d’activités et de revenus des boulangeries. Les responsables des boulangeries qui ne paient pas souvent les charges fiscales (Impôts) et les cotisations sociales à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) finissent soit de déclarer l’activité en faillite pour se retrouver dans un autre secteur économique.

Aussi longtemps que l’Etat sera démissionnaire de son rôle de régulateur de ce secteur, la santé publique demeurera menacée.  Les épidémies qui sévissent au Congo – Brazzaville tels que la Shigellose, le Choléra, et la Typhoïde peuvent être les conséquences du manque d’hygiène et de l’Etat dans son rôle de régulateur dans ce secteur vital. Les règles de fonctionnement de ladite filière sont fixées et contrôlées par l’Etat, assisté par des techniciens membres de l’Ordre National des Boulangers (ONB). En matière d’implantation des boulangeries ou des pâtisseries, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest par exemple est astreinte à des règles rigoureuses. Toute personne physique ou morale souhaitant créer une boulangerie avec pâtisserie, ou simplement une boulangerie ou une pâtisserie, doit obtenir un Agrément préalable du Ministère en charge, après avis d’un Comité technique compétent ou de l’Ordre National des Boulangers, reconnu par l’Etat.

Ainsi, l’Etat devrait impulser la mise en place d’un Ordre National des Boulangers (ONB).  Son avis devrait être la condition préalable à la délivrance  d’une autorisation d’exercice du métier de Boulanger. Pour ce faire, l’Etat devrait aussi mettre à contribution l’expertise et l’expérience des anciens boulangers encore vivants, qui se sont malheureusement désintéressés de ce secteur à cause du manque de régulation. De même, dans le cadre du contrôle et du suivi des mesures en matière de règlementation de la filière boulangère, le Ministère en charge devrait également mettre à profit tous les services compétents de l’Etat, tels que la Police administrative ; les Commissariats de Police d’arrondissement et de quartier ainsi que les Compagnies et Brigades territoriales de Gendarmerie.

Par Veridis de Saint Thomas

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