Arnold W. Akina ambitionne de faire de la Cdeco une plateforme de référence pour les relations économiques
Dans une interview exclusive accordée au magazine Tribune Eco, le président de la Chambre de diplomatie économique du Congo (Cdeco), Arnold Wesley Akina, a réaffirmé son ambition de faire de cette organisation une plateforme de référence pour les relations économiques et commerciales Afrique-Monde d’ici 2030. L’occasion a permis également au président de la Cdeco de faire la genèse de cette organisation, de proposer des alternatives pour améliorer le climat des affaires en République du Congo ; ainsi que des pistes de solutions susceptibles d’atténuer les effets du changement climatique.
Fondée courant l’année 2025, la Chambre de diplomatie économique du Congo (Cdeco) a pour mission de promouvoir les intérêts économiques et commerciaux du Congo et d’Afrique sur la scène internationale. A ce jour, quelles initiatives avez-vous déjà impulsées ?
Depuis la création de la Cdeco le 27 août 2025, nous avons déjà initié plusieurs actions structurantes pour asseoir notre mission. Parmi celles-ci figure, le lancement du Comité consultatif national et international (CCN & CCI-Cdeco), réunissant des experts, des diplomates, des personnalités publiques et des conseillers économiques reconnus, pour accompagner nos orientations sur le plan diplomatique et économique.
Outre cela, il y a également l’ouverture de discussions de coopération avec plusieurs Chambres de commerce et réseaux internationaux, notamment en Afrique et en Eurasie, en vue de bâtir des passerelles durables ; ainsi que le lancement de l’initiative ‘’Kampus Cdeco’’, un centre dédié à l’accompagnement des étudiants congolais et jeunes entrepreneurs dans divers domaines.
L’organisation de missions économiques ciblées au niveau national et international pour renforcer les échanges B2B, B2G et les investissements directs étrangers ; et la participation officielle et active de la Cdeco à deux activités importantes, dont la 30e session des ‘’Vendredis de Carrefour’’, font également partie des actions initiées. Ces initiatives ont permis de poser les bases d’un écosystème diplomatique et économique au service du développement du Congo et de l’Afrique.
Votre organisation œuvre pour la facilitation des investissements, le renforcement des échanges commerciaux, ainsi que l’accompagnement de projets dans l’espace économique régional et mondial. Sur quels critères sélectionnez-vous les projets ? Et quels sont vos secteurs prioritaires ?
La Cdeco sélectionne les projets qu’elle appuie selon des critères stratégiques, en lien avec sa mission de promotion et de facilitation des intérêts économiques du Congo et de l’Afrique. Au nombre de ceux-ci on peut retenir l’impact économique et social du projet ; l’alignement des projets avec les priorités nationales, notamment le Plan national de développement (PND) 2022-2026 et les stratégies sectorielles du pays.
A cela s’ajoutent la viabilité technique et financière du projet (il doit présenter une faisabilité réaliste, un business model structuré et un potentiel de bancabilité), ainsi que la dimension régionale ou internationale des projets.
Concernant les secteurs prioritaires, la Cdeco agit comme catalyseur de partenariats public-privé et comme plateforme de diplomatie économique proactive dans divers axes, notamment les énergies ; l’agriculture, l’agro-industrie et la sécurité alimentaire ; les infrastructures et la logistique ; l’économie numérique et l’innovation ; le tourisme durable et les industries culturelles ; l’éducation, la formation et l’entrepreneuriat.
En perspective, quels sont les objectifs à court, moyen et long terme de la Cdeco ?
La Cdeco s’inscrit dans une dynamique progressive avec des objectifs clairs et précis à court, moyen et long terme pour renforcer l’influence économique et commerciale du Congo et promouvoir la diplomatie régionale et internationale.
À court terme (2024–2026), il est prévu, entre autres, la structuration des organes de gouvernance et l’élargissement de notre réseau de partenaires institutionnels ; le renforcement de la visibilité de la Cdeco ; ainsi que l’organisation des missions économiques, forums B2B/B2G et sessions d’information sur les opportunités d’investissements.
À moyen terme (2026–2029), nous prévoyons de positionner la Cdeco comme un Hub stratégique de la diplomatie économique proactive en Afrique centrale ; de contribuer à la diversification de l’économie congolaise en facilitant et en soutenant les investissements dans nos secteurs clés ; de mettre en place un observatoire sur le climat des affaires, en partenariat avec les institutions paraétatiques.
À long terme (2030 et au-delà), il sera question pour nous de faire de notre organisation une plateforme de référence pour les relations économiques et commerciales Afrique-Monde ; de faciliter la transformation structurelle et industrielle de l’économie congolaise à travers des partenariats multilatéraux ; et de parvenir à être un levier de diplomatie économique régionale, en lien avec la Zlecaf, la Ceeac et les institutions internationales.
Depuis des années, le monde est secoué par les conséquences du changement climatique. Ce phénomène ne cesse d’entraver le développement des pays. Quelles alternatives préconisez-vous, pour contribuer à la lutte contre les effets du changement climatique ?
Face aux effets déstabilisants du changement climatique, la Cdeco dans ses missions, encourage et contribue à une approche économique durable et intégrée à travers des alternatives concrètes visant la promotion des investissements verts, en soutenant notamment les projets liés aux énergies renouvelables en vue de réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Ces pistes de solutions s’appuient également sur le développement d’une économie circulaire, en encourageant les entreprises locales à adopter des modèles de production respectueux de l’environnement, afin de favoriser le recyclage, la gestion durable des déchets et l’efficacité énergétique.

De même, nous procédons à la valorisation de l’agriculture durable en appuyant sur des projets agricoles climato-intelligents (irrigation économe, agroforesterie, semences résistantes), pour renforcer la sécurité alimentaire tout en préservant les ressources naturelles. Il y a également la mobilisation de la finance climatique, en facilitant l’accès des porteurs de projets africains aux fonds verts mondiaux (FVC, GEF).
Pour atténuer les effets du changement climatique, la Cdeco mise aussi sur le renforcement de la diplomatie climatique, une stratégie qui consiste à positionner le Congo comme un acteur proactif dans les grandes négociations internationales et la coopération régionale sur les questions environnementales. Toutes ces alternatives s’inscrivent dans une logique de transition écologique inclusive, où croissance économique, protection de l’environnement et développement social avancent ensemble.
L’amélioration du climat des affaires en République du Congo demeure un grand challenge pour les gouvernants. Jusqu’à ce jour, il est toujours peu favorable pour beaucoup d’entrepreneurs. Au regard du positionnement de votre organisation, quelles pistes de solutions pouvez-vous suggérer aux gouvernants pour l’améliorer davantage ?
Le climat des affaires constitue un axe fondamental pour relancer l’économie, diversifier les sources de croissance et attirer des investissements durables en République du Congo. Plusieurs leviers peuvent être activés. À partir de l’observation du terrain et des échanges avec les acteurs économiques, nous pensons qu’il est nécessaire de rendre souple le cadre administratif et réglementaire.
Dans le même volet, il faudrait également renforcer la sécurité juridique en harmonisant les textes et en garantissant les politiques économiques ; investir davantage dans les infrastructures, l’énergie et les télécommunications pour créer un environnement propice au développement des Petites et moyennes entreprises (PME) et des Petites et moyennes industries (PMI).
En outre, les gouvernants devraient œuvrer davantage pour améliorer l’accès au financement, en créant des dispositifs de garanties publiques et de capital-risque pour accompagner les jeunes entrepreneurs. A côté de cela, l’instauration d’une plateforme de concertation régulière entre l’État, le secteur privé et la diaspora pour co-construire les réformes est nécessaire.
Avez-vous un message particulier à adresser aux gouvernants et aux Congolais ?
À l’heure où le monde continue à redéfinir ses équilibres économiques, commerciaux et géostratégiques, la République du Congo ne peut rester en marge de cette dynamique de transformation globale. En effet, les décideurs doivent comprendre qu’il est impératif d’investir de manière stratégique dans la gouvernance institutionnelle, la transparence des politiques publiques, l’innovation technologique et le développement des infrastructures de base.
Ces secteurs sont les leviers fondamentaux d’une croissance inclusive, durable et résiliente. Outre cela, les réformes structurelles doivent être audacieuses, alignées sur les standards internationaux, et propices à un environnement des affaires plus performant, prévisible et attractif pour les investissements.
Aux populations, je dirai que la construction d’un Congo économiquement souverain et géopolitiquement influent repose également sur l’engagement citoyen, l’excellence professionnelle, et la culture de la responsabilité collective. Devenons ensemble les artisans d’un développement endogène, en valorisant nos savoir-faire, en soutenant l’entrepreneuriat local et en consolidant des passerelles solides entre notre pays et les marchés mondiaux.
L’avenir du Congo se joue ici et maintenant, et chaque citoyen détient une part de responsabilité.
Propos recueillis par Grace Dinzebi





